Articles de la Communauté

Du Livre à l’Action : Comment les Élèves Apprennent à Prendre Soin de Notre Maison Commune

Posted 3 September 2026

Une histoire pour enfants peut aider à comprendre un problème environnemental. Mais une expérience pédagogique bien pensée peut permettre aux enfants d’imaginer comment, eux aussi, peuvent agir.

C’est précisément ce passage de la prise de conscience à l’engagement qui est au cœur de Jack la Super Crevette, une initiative australienne d’éducation à l’environnement créée par l’auteur et participant de la Plateforme d’Action Laudato Si´, Antoine Jaja.

Tout commence avec un héros attachant : une crevette qui entraîne les jeunes lecteurs dans des aventures marquées par la pollution et ses conséquences sur le monde naturel. A travers ces histoires illustrées, les enfants découvrent les effets de la pollution sur les océans, la faune et les communautés. 

Pour l’enseignant catholique Anthony Mathews, la force de ces histoires tient notamment à leur capacité d’atteindre ce public plus jeune “Jack la Super Crevette les aide à adopter un mode de vie plus durable grâce au pouvoir des histoires” écrit-il.

C’est pour cette raison qu’il a choisi ces livres pour ses élèves. Ils ne se contentent pas de leur transmettre des informations sur l’environnement : ils répondent, selon lui, au “Cri de la Terre” en encourageant l’éducation écologique, la participation à la vie de la communauté et le soin de notre maison commune.

Mais l’histoire ne s’arrête pas lorsque le livre se referme.

Passer de la lecture à l’action

Depuis 2025, l’initiative organise chaque année le Pollution Solution Students Conference Day (Journée de la Conférence des Élèves sur les Solutions à la Pollution), une journée qui rassemble des élèves de primaire, des enseignants, des scientifiques, des professionnels de l’environnement, des ingénieurs et des acteurs de la communauté.

Selon les organisateurs, environ 240 élèves ont participé aux éditions 2024 et 2025, tandis que plusieurs autres établissements ont rejoint l’événement en ligne en 2025.

Lors d’une journée d’immersion organisée au Collège Catholique St John XXIII de Stanhope Gardens, des élèves de lycée ont ainsi travaillé aux côtés de scientifiques de l’Organisation Australienne pour la Science et la Technologie Nucléaires, de représentants de l’Autorité de Protection de l’Environnement de New South Wales, d’universitaires, d’éducateurs et d’ingénieurs.

Des élèves de primaire participent à la Journée de la Conférence des Élèves sur les Solutions à la Pollution 2025

Ils n’étaient pas là simplement pour écouter des experts parler d’environnement.

Grâce à la méthode de design thinking (pensée conceptuelle), les élèves ont identifié des problèmes liés à la pollution, confronté leurs idées, imaginé différentes solutions et créé des campagnes de sensibilisation. Ils ont été encouragés, comme l’explique Matthews, a “voir, réfléchir et agir”

Les témoignages recueillis auprès des élèves après la journée décrivent une expérience “amusante” et “interactive”. Ils ont notamment apprécié de pouvoir collaborer, partager leurs idées et chercher ensemble des solutions dans un environnement où “chacun avait quelque chose à apporter”.

Les élèves n’étaient pas seulement considérés comme des apprentis, mais comme des acteurs du changement.

Pour Antoine, cette participation est essentielle. Il pose une question simple mais importante : “Et si les élèves n’étaient pas considérés uniquement comme les dirigeants de demain, mais aussi comme des acteurs du changement d’aujourd’hui ?”

Quand les experts font place à la voix de élèves

Pour Antoine, les conférences permettent d’aller au-delà du simple fait d’enseigner aux jeunes les problèmes environnementaux : elles créent surtout un espace où les idées des jeunes peuvent être entendues.

“Et si l’éducation à l’environnement pouvait aller au-delà du simple fait d’enseigner aux jeunes les problèmes environnementaux,” écrit-il, “pour plutôt leur offrir un espace ou leur idées sont réellement entendues, recueillies et partagées ?”

Tony Coghlan, Directeur du Réseau d’Education de la Famille De Mazenod, participe a la conférence depuis plusieurs années. Il apprécie le rôle des spécialistes, qui accompagnent les élèves, les encouragent à aller plus loin et les invitent à relever de nouveaux défis. Mais pour lui, les voix les plus importantes de la salle sont celles des plus jeunes.

“Les personnes les plus inspirantes lors de conférences sont les plus jeunes”, écrit-il, “ceux qui ont imaginé des solutions et travaillé ensemble pour agir concrètement et réduire les déchets.” 

Cette distinction est importante. Les enfants ne sont pas simplement invités à écouter : ils sont encouragés à observer, à poser des questions, à proposer des idées et à créer. Leurs propositions ne deviendront pas immédiatement des programmes publics ou des politiques gouvernementales. Et ce n’est pas là que réside leur valeur. L’essentiel est de leur faire comprendre que les décisions qui concernent l’environnement reposent aussi sur la participation, et que leur regard, leur créativité et leur expérience ont leur place dans cette réflexion.

Antoine résume le message qu’il souhaite transmettre aux jeunes participants en trois phrases :

“Vos idées comptent.
Votre voix compte.
Votre contribution compte.”

Transformer les grandes préoccupations en actions

Face à l’ampleur de la pollution, il est facile pour un enfant (et même pour un adulte) de se sentir impuissant. La conférence cherche justement à rendre ces enjeux plus accessibles en reliant les grands défis environnementaux aux choix et aux actions du quotidien, au sein des écoles et des communautés.

Au Collège Mazenod et dans d’autres établissements du Réseau De Mazenod, par exemple, la participation à la conférence s’inscrit dans une campagne annuelle de cinq semaines consacrée au développement durable. Les élèves y travaillent notamment sur :

  • La réduction des déchets et de la consommation d’énergie;
  • La sensibilisation aux enjeux écologiques;
  • La réflexion sur le rôle et les responsabilités des entreprises; 
  • L’identification de ce que chacun peut faire à son échelle à travers les rubriques “Mes Actions” et “Nos Actions”

Coghlan a également fait découvrir aux élèves le principe des audits des déchets. Ils apprennent ainsi qu’une bonne gestion des déchets ne consiste pas simplement à jeter chaque objet dans la bonne poubelle. Il faut aussi se demander ce que l’école achète, ce qu’elle jette, comment les déchets sont collectés et ce qu’ils deviennent une fois qu’ils ont quitté l’établissement. Comme le résume Coghlan : “La planification, la communication et la stratégie sont essentielles.”

Cette approche permet aux élèves de comprendre que prendre soin de l’environnement est a la fois une responsabilité individuelle et collective. Les habitudes de chacun ont leur importance, mais les décisions prises par une école dans son ensemble, ses pratiques internes et ses relations avec ses prestataires comptent tout autant.

L’idée de “Mes Actions / Nos Actions” permet justement de relier ces deux dimensions. Elle invite chacun à se demander ce qu’il peut faire personnellement, tout en réfléchissant à ce qu’une communauté peut accomplir lorsqu’elle agit ensemble.

Ce que d’autres éducateurs peuvent retenir

L’expérience de Jack la Super Crevette offre plusieurs pistes que les écoles et les éducateurs peuvent facilement adapter, même sans reproduire l’ensemble du modèle de la conférence.

1. Partir d’une histoire plutôt que d’un problème

Les statistiques permettent de mesurer l’ampleur de la pollution. Mais les histoires permettent aux enfants de mieux entrer dans le sujet, en faisant appel à leur imagination et à leur émotions.

Un personnage, une aventure ou un conflit peut rendre un enjeu environnemental plus concret et plus accessible, sans pour autant en minimiser la gravité. Comme le souligne Matthews, la littérature permet d’accompagner les élèves à partir de leur point de départ et d’ouvrir la voie à un apprentissage plus approfondi.

2. Poser une vraie question aux élèves

Les élèves s’impliquent davantage lorsqu’on ne leur demande pas simplement de trouver une réponse fixée d’avance.

Plutôt que de leur demander de réciter une liste de comportements durables, les éducateurs peuvent partir d’un problème concret rencontré dans l’école ou la communauté locale et inviter les élèves à l’étudier. Les déchets, la consommation d’eau et d’énergie, l’alimentation ou encore la biodiversité peuvent tous constituer des points de départ.

L’objectif n’est pas simplement de réaliser une belle affiche. Il s’agit d’aider les élèves à observer attentivement, à envisager différentes possibilités et à expliquer pourquoi l’action proposée pourrait être utile.

3. Donner une place à la voix des élèves

La participation des élèves ne devrait pas intervenir uniquement a la fin d’un projet, sous la forme d’une présentation ou d’une célébration. Elle peut contribuer à façonner le processus d’apprentissage dès le départ.

Les élèves peuvent participer au choix du sujet, en rechercher les causes, interroger des membres de la communauté, concevoir des réponses et évaluer ce qui a fonctionné. Comme le souligne Coghlan, l’un des objectifs fondamentaux est simplement de “donner une voix aux élèves.”

4. Faire de l’espérance une pratique quotidienne 

Les jeunes sont déjà confrontés à des messages alarmants sur le changement climatique, la pollution et la dégradation de l’environnement. L’éducation ne doit pas dissimuler ces réalités, mais elle ne doit pas non plus laisser les élèves avec un sentiment d’impuissance.

L’espérance grandit lorsque les élèves collaborent, apportent leurs idées et mènent à bien une action dont ils peuvent constater les résultats.

Coghlan résume cette approche en trois mots : “Apprendre. Partager. Inspirer.” Il ne s’agit pas de promettre que tous les problèmes peuvent être résolus facilement. Il s’agit de montrer que la collaboration peut déboucher sur des actions porteuses de sens, et que personne n’a à prendre soin de la création seul.

Prendre soin avec la tête, le cœur et les mains

Dans les écoles catholiques, ce processus éducatif peut également devenir une expérience de formation à la foi.

Les élèves découvrent que la création n’est pas simplement un ensemble de ressources à gérer. C’est un don. Tout peut commencer avec les aventures d’une simple crevette. Mais au fil du parcours, les élèves découvriront que le chapitre suivant, celui de la réponse aux défis, leur appartient aussi.